Les fanzines de supporters : une presse alternative en voie de disparition

Les fanzines de supporters : une presse alternative en voie de disparition
Photo: Beyza Kaplan / Pexels
L'essentiel
  • Les fanzines de supporters sont nés dans les années 1970 en Angleterre, puis ont conquis les tribunes françaises dès la fin des années 80
  • Publications artisanales, photocopiées puis agrafées, ils portaient la voix libre des ultras loin des médias mainstream
  • Le numérique et les réseaux sociaux ont quasiment tué le format papier, mais quelques résistants maintiennent la flamme
  1. Qu'est-ce qu'un fanzine de supporters ?
  2. L'âge d'or des fanzines en France
  3. Fanzines mythiques à connaître
  4. Pourquoi les fanzines disparaissent
  5. Ce qui reste aujourd'hui
  6. FAQ sur les fanzines de supporters

Avant les blogs, avant Twitter, avant les podcasts de vestiaire, il y avait les fanzines. Des feuilles photocopiées, parfois mal agrafées, distribuées à la volée aux abords des stades. C'est là que la culture supporter s'est écrite, loin des rédactions parisiennes. Un pan entier de la presse alternative football est en train de s'effacer — et avec lui, une mémoire irremplaçable de la passion des tribunes.

Qu'est-ce qu'un fanzine de supporters ?

Un fanzine est une publication auto-éditée, créée par des fans, pour des fans. Le mot vient de la contraction de "fan" et "magazine". Pas de rédacteur en chef salarié. Pas de régie pub. Juste des supporters qui prennent la plume.

Le format classique : entre 20 et 60 pages, photocopiées en noir et blanc. Tirage limité, souvent entre 200 et 2 000 exemplaires. Prix de vente symbolique — 1 à 3 euros, juste de quoi couvrir l'impression.

Le contenu ? Récits de déplacements, analyses tactiques vues de la tribune, dessins, poèmes, coups de gueule contre la direction, interviews de vieux abonnés. Tout ce que les médias traditionnels ne racontent jamais.

  • Écriture libre, sans filtre éditorial ni validation institutionnelle
  • Distribution à la main, devant le stade ou dans les bars partenaires
  • Maquette artisanale, souvent au collage et au Tipp-Ex
  • Contenu centré sur le vécu supporter, pas sur les résultats

L'âge d'or des fanzines en France

L'Angleterre a lancé le mouvement dès les années 1970. "Foul!" en 1972, puis "When Saturday Comes" en 1986, ont posé les bases. Le phénomène traverse la Manche à la fin des années 80, porté par l'essor de la culture ultra en France.

Les années 1990 représentent l'apogée. Chaque groupe ultra ou presque sort son fanzine. Les kops deviennent des maisons d'édition sauvages. On estime qu'entre 150 et 200 fanzines circulaient en France au milieu de la décennie.

Paris, Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Lens, Bordeaux — toutes les grandes villes de foot avaient leurs titres. Certains virages en produisaient même plusieurs, un par groupe. La rivalité se jouait aussi sur le papier.

Cette effervescence accompagnait une époque où les chants de tribunes se transmettaient de bouche à oreille et où le supporter construisait sa propre culture, sans attendre qu'on la lui serve.

Fanzines mythiques à connaître

Impossible de parler fanzines sans citer quelques monuments. Ces publications ont marqué leur époque et défini un ton unique.

Fanzine Club / Ville Période Particularité
Supras Magazine National (multisupport) 1994–2007 Référence nationale de la culture ultra, diffusé dans toute la France
Collectif Ultras National 2002–2010 Successeur spirituel de Supras, format pro
Le Kop RC Lens Années 90 Voix du Kop de Bollaert, ton frontal
Allez l'OL Olympique Lyonnais Années 90–2000 Chronique de la montée en puissance du club

Supras Magazine reste la référence absolue. Lancé en 1994, il a documenté plus de dix ans de culture ultra française avec un sérieux journalistique rare pour un fanzine. Sa disparition a laissé un vide jamais comblé.

Ces titres ont aussi archivé des pans entiers de l'histoire des clubs. Pour les collectionneurs de memorabilia lyonnais, par exemple, les anciens numéros de fanzines valent autant que les fanions vintage.

Pourquoi les fanzines disparaissent

Le coupable principal ? Internet. Dès le milieu des années 2000, les forums supporters ont capté l'énergie. Pourquoi photocopier 500 pages quand un post sur un forum touche 5 000 personnes en une heure ?

Puis les réseaux sociaux ont achevé le travail. Twitter, Instagram, les groupes Facebook — l'instantanéité a tué le temps long du fanzine. Un tifo se partage en story. Un déplacement se raconte en thread.

D'autres facteurs pèsent aussi :

  • Le coût d'impression a augmenté alors que les prix de vente n'ont pas bougé
  • La répression des groupes ultras en France a fragilisé les structures associatives
  • Le renouvellement générationnel ne se fait plus — les jeunes fans sont digital natives
  • La professionnalisation du football éloigne les supporters de la production de contenu indépendant

Résultat : sur les 200 fanzines des années 90, il en reste une poignée aujourd'hui. La plupart des archives ont été perdues, jetées ou oubliées dans des cartons de garage.

Ce qui reste aujourd'hui

Tout n'a pas disparu. Quelques irréductibles résistent, souvent en hybridant papier et digital. Le fanzine "Prolongations", lancé au début des années 2010, a prouvé qu'un modèle éditorial indépendant pouvait encore exister.

Des projets ponctuels ressurgissent aussi. Certains groupes ultras sortent un numéro spécial pour un anniversaire ou un événement marquant. Le format revient comme objet collector, presque nostalgique.

Côté anglais, "When Saturday Comes" continue de paraître — preuve que le modèle peut survivre quand la base de lecteurs est assez large. En Italie, la tradition des fanzines ultras reste plus vivace qu'en France.

Un fanzine, c'est pas un média. C'est une lettre d'amour collective adressée à un club et à une tribune. — Ancien rédacteur de Supras Magazine

Si cette culture te passionne, explore aussi les autres expressions de l'identité supporter. Même les règlements officiels du football racontent quelque chose de l'évolution du jeu et de ses acteurs.

Le fanzine papier mourra peut-être. Mais l'élan qui l'a créé — raconter son football, avec ses mots — ne disparaîtra jamais. Il a juste changé de support. Les podcasts supporters, les chaînes YouTube de virage, les comptes Insta de tifosi : ce sont les fanzines du XXIe siècle. Reste à savoir s'ils garderont la même liberté de ton.

FAQ sur les fanzines de supporters

C'est quoi exactement un fanzine de football ?

Un fanzine de football est une publication autoéditée, écrite et diffusée par des supporters. Produit de façon artisanale, il aborde le football du point de vue des tribunes : récits de déplacements, interviews, dessins, analyses et coups de gueule. Son indépendance totale vis-à-vis des clubs et des médias classiques en fait un objet unique de la culture supporter.

Quel est le fanzine de supporters le plus connu en France ?

Supras Magazine, publié de 1994 à 2007, est considéré comme la référence. Diffusé à l'échelle nationale, il couvrait l'ensemble de la scène ultra française avec un niveau de qualité proche du journalisme professionnel. Collectif Ultras a pris le relais dans les années 2000.

Pourquoi les fanzines de supporters ont-ils disparu ?

L'essor d'internet, des forums puis des réseaux sociaux a rendu le format papier obsolète pour la diffusion rapide. La hausse des coûts d'impression, la répression des groupes ultras et le manque de relève générationnelle ont fait le reste. Sur environ 200 titres actifs dans les années 90, seule une poignée subsiste.

Où trouver d'anciens numéros de fanzines de supporters ?

Les sites de vente entre particuliers (Leboncoin, Vinted, eBay) proposent parfois d'anciens numéros. Certaines associations de supporters conservent des archives. Des collectionneurs spécialisés en memorabilia football échangent aussi sur des forums dédiés. Les prix varient de quelques euros à plusieurs dizaines pour les numéros rares.