Derby Lyon Saint-Étienne | Histoire
En bref : Le derby Lyon–Saint-Étienne oppose deux clubs séparés par seulement 60 kilomètres depuis le début des années 1950. C'est le duel le plus chargé du football français après Le Classique, avec plus d'une centaine de confrontations officielles. Saint-Étienne détient le record national de titres (10), Lyon celui des championnats consécutifs (7, de 2002 à 2008).
L'essentiel- Deux ères de domination successives : les Verts dans les années 1960-70, les Gones dans les années 2000
- Geoffroy-Guichard, surnommé « le Chaudron », reste l'une des enceintes les plus bruyantes d'Europe
- Le 0-5 stéphanois du 5 novembre 2017 est le traumatisme le plus récent du derby
- Soixante kilomètres et un monde d'écart
- Les années vertes (1957-1981)
- 2002-2008 : Lyon renverse la table
- Palmarès comparé
- Les derbies qu'on raconte encore
- Deux cultures de tribunes
- Un derby en sommeil
- Questions fréquentes
Soixante kilomètres. C'est tout ce qui sépare Gerland du Chaudron. Le derby Lyon Saint-Étienne tient une place à part dans l'histoire du football français : deux villes voisines, deux identités opposées, et une rivalité qui a survécu à soixante-dix ans de renversements. Comprendre ce derby, c'est comprendre comment le pouvoir footballistique a glissé de la Loire vers le Rhône — puis comment le souvenir a pris le relais du classement.
Soixante kilomètres et un monde d'écart
Le derby est né d'un déséquilibre. L'AS Saint-Étienne existe depuis 1919, issue de l'amicale sportive de la Société des magasins Casino. L'Olympique Lyonnais, lui, ne prend sa forme actuelle qu'en 1950.
Trente ans d'écart. Et deux sociologies distinctes.
Saint-Étienne, c'est la ville minière, les puits, la métallurgie. Le club y devient un porte-drapeau ouvrier. Lyon joue la carte de la métropole bourgeoise, tertiaire, marchande.
Cette opposition n'est pas qu'un cliché de commentateur. Elle a structuré les chants, les banderoles et les surnoms pendant des décennies. Les Stéphanois se voient comme le peuple ; les Lyonnais comme les gestionnaires.
Les années vertes (1957-1981)
Les Verts remportent leur premier championnat en 1957. Puis ils ne lâchent plus rien pendant un quart de siècle.
La séquence est vertigineuse : titres en 1964, 1967, 1968, 1969, 1970, 1974, 1975, 1976 et 1981. Dix au total — un record français toujours debout.
L'équipe s'appuie sur une génération devenue mythologique. Ivan Ćurković dans les buts, Oswaldo Piazza en patron défensif, Jean-Michel Larqué au milieu, Hervé Revelli et Salif Keïta devant. Puis l'« Ange vert », Dominique Rocheteau.
Le sommet reste la finale de Coupe d'Europe des clubs champions de 1976 à Glasgow, perdue 1-0 contre le Bayern Munich. Les poteaux carrés de Hampden Park sont entrés dans le folklore national.
Lyon, pendant cette période, existe sans dominer. Le club décroche trois Coupes de France (1964, 1967, 1973) avec Fleury Di Nallo puis Serge Chiesa. Le derby est alors une affiche à sens unique dans les grandes occasions.
2002-2008 : Lyon renverse la table
Le basculement arrive avec le siècle. Sous la présidence de Jean-Michel Aulas, l'OL devient une machine.
Sept titres consécutifs, de 2002 à 2008. Aucun autre club français n'a fait ça.
Juninho et ses coups francs, Sonny Anderson, Grégory Coupet, Cris, Sidney Govou, Michael Essien, puis un certain Karim Benzema. Le derby change de nature : ce n'est plus un duel entre égaux, c'est un rendez-vous où Saint-Étienne vient défendre son honneur.
Car les Verts, eux, traversent le désert. Après le titre de 1981 et l'affaire de la caisse noire, le club connaît la Division 2, les crises financières, les remontées fragiles. Leur retour au premier plan ne se concrétise qu'en 2013, avec la Coupe de la Ligue gagnée sous Christophe Galtier — premier trophée en 32 ans.
Palmarès comparé
| Trophée | Saint-Étienne | Lyon |
|---|---|---|
| Championnat de France | 10 (dernier : 1981) | 7 (2002-2008) |
| Coupe de France | 6 | 5 |
| Coupe de la Ligue | 1 (2013) | 1 (2001) |
| Finale européenne | 1 (C1, 1976) | 0 |
Le tableau explique la tension. Saint-Étienne garde le prestige historique ; Lyon a construit la régularité moderne et une demi-finale de Ligue des champions en 2020. Chacun peut donc revendiquer la supériorité — et c'est exactement ce qui entretient un derby.
Les derbies qu'on raconte encore
Certains matchs ont dépassé le cadre sportif.
- Les derbies des années 1970 à Gerland : des affluences records, un stade coupé en deux par le vert.
- Novembre 2017 : Lyon s'impose 5-0 à Geoffroy-Guichard, la plus lourde humiliation stéphanoise à domicile dans l'histoire du derby. Nabil Fekir retire son maillot devant le kop adverse et déclenche une invasion de pelouse. Le match est interrompu plusieurs minutes.
- Les derbies à huis clos ou sous cloche : plusieurs éditions se sont jouées sans supporters visiteurs, preuve du niveau de tension atteint dans les années 2010.
Ce mélange de football et de débordements rappelle un autre grand duel français. Notre analyse de la rivalité entre l'OM et le PSG montre des mécaniques comparables : opposition identitaire, surenchère médiatique, gestion sécuritaire lourde.
Deux cultures de tribunes
Geoffroy-Guichard, inauguré en 1931, porte bien son surnom de Chaudron. Ses quatre tribunes à l'anglaise, sans virage ouvert, enferment le bruit. Capacité actuelle : environ 42 000 places.
Le mouvement ultra y est structuré depuis longtemps : Magic Fans (1991) au Kop Nord, Green Angels (1992) au Kop Sud. Tifos, fumigènes, chants continus.
Côté lyonnais, les Bad Gones existent depuis 1987. Ils ont migré de Gerland vers le Groupama Stadium (ouvert en janvier 2016, plus de 59 000 places), en essayant de recréer une ambiance de virage dans une enceinte moderne.
Cette culture de tribune a aussi produit une esthétique. Les écharpes, drapeaux et fanions de collection réalisés en broderie ou en sublimation circulent encore entre supporters des deux camps, souvent datés du derby auquel ils correspondent. Et l'influence vestimentaire des tribunes anglaises, décrite dans notre dossier sur les origines du style casual, s'est largement diffusée dans les kops de la région.
Un derby en sommeil
Depuis la relégation des Verts en 2022 puis leur nouvelle descente en 2025, le derby a quasiment disparu de l'affiche de Ligue 1. Les deux clubs ne se croisent plus qu'au gré des remontées stéphanoises ou d'un tirage de Coupe de France.
Résultat : une génération entière de supporters n'a connu ce match qu'en vidéo.
C'est le paradoxe des grands derbies. Ils vivent autant de leur absence que de leur fréquence. Chaque saison sans derby renforce l'attente de celle où il reviendra.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de « derby du Rhône » alors que Saint-Étienne est dans la Loire ?
L'expression est une commodité médiatique héritée de l'ancienne région Rhône-Alpes, qui englobait les deux villes. Les supporters stéphanois préfèrent généralement parler simplement du « derby ».
Quel club a remporté le plus de derbies ?
Le bilan est historiquement serré, avec un avantage lyonnais construit surtout entre 2000 et 2020. Saint-Étienne dominait nettement les confrontations lors des années 1960 et 1970.
Quel est le score le plus large du derby ?
Le 5-0 infligé par Lyon à Saint-Étienne le 5 novembre 2017, à Geoffroy-Guichard, reste la référence en matière de déséquilibre.
Saint-Étienne est-il toujours le club le plus titré de France ?
Oui pour le championnat, avec 10 titres, dont le dernier remonte à 1981. Le PSG a depuis dépassé ce total en comptant l'ensemble de ses trophées nationaux, mais pas encore sur le seul palmarès de champion de France historique dans les décomptes traditionnels.
Où voir les archives du derby ?
Les musées des deux clubs conservent maillots, fanions et photographies d'époque. Le musée des Verts, installé à Geoffroy-Guichard, propose le fonds le plus complet sur les années 1970.